Thursday, May 16, 2024
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« Josiah Tucker, économiste abondamment commenté au temps des Lumières, est aujourd’hui oublié »


Etrange personnage que Josiah Tucker, pasteur anglican, né en 1713 et mort en 1799, doyen de la cathédrale de Gloucester, auteur prolifique de plus de soixante-dix œuvres théologiques, politiques mais aussi économiques, abondamment débattues et commentées en leur temps, aujourd’hui totalement oubliées. Considéré a posteriori par certains auteurs comme le père de la science économique au même titre que l’illustre Adam Smith, son contemporain, l’ecclésiastique gallois défendait, à l’instar de Smith, la liberté du commerce et de la concurrence comme sources de la richesse de l’Etat et des individus ; il considérait que la poursuite de la prospérité individuelle faisait le bien de la collectivité ; il plaçait le travail et l’épargne au rang de vertus majeures.

Mais, par ailleurs, il pourfendait l’esclavage, le colonialisme et les guerres impérialistes menées par le cabinet britannique. Il prônait l’abolition de la traite négrière, l’indépendance des treize colonies d’Amérique et de l’Inde, le développement économique autonome de l’Afrique, la fin des conflits armés, la libre installation et circulation des étrangers sur le sol anglais, la tolérance religieuse, le droit de vote pour les femmes, la transformation des paroisses en écoles pour le peuple, la taxation des plus riches, etc. Ce qui le classe, pour quelques historiens britanniques et américains qui le redécouvrent au XXe siècle, parmi les pionniers du progressisme, cochant les cases contemporaines du féminisme, de l’anticolonialisme, de l’anti-impérialisme et du pacifisme.

Tucker défendait cependant la position prédominante de l’Eglise anglicane dans les institutions britanniques, estimait que seules les personnes riches et instruites pouvaient participer à la vie politique, prônant à cet effet la hausse du cens, car l’inflation augmentait automatiquement la taille du corps électoral. Il combattait violemment les thèses républicaines ou démocratiques comme instigatrices d’un despotisme du peuple qu’il méprisait, tout en prônant la lutte contre la pauvreté. Pour cet homme d’Eglise, la science économique devait être au service de la morale chrétienne ; la morale chrétienne était le meilleur vecteur de la prospérité économique.

Apparentes contradictions

Ces apparentes contradictions ont eu deux effets : le soupçon d’excentricité et d’incohérence, déjà invoqué par ses adversaires de l’époque, qui l’a disqualifié aux yeux des historiens et économistes en quête de nomenclature et de trajectoire de l’histoire de la pensée économique ; l’oubli complet de ses œuvres, aussi bien rejetées par les économistes et politiciens libéraux du XIXe siècle, pour qui l’impérialisme et la colonisation étaient les conditions de la domination économique mondiale de la Grande-Bretagne, que par le camp socialiste et progressiste, pour qui Tucker défendait une Eglise anglicane conservatrice et corrompue, jusqu’à incarner au XIXe siècle les aspects les plus conservateurs et réactionnaires de l’Angleterre victorienne.

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