mardi, juin 11, 2024
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les pays où l’extrême droite l’emporte, ceux où elle plafonne


La montée annoncée de l’extrême droite s’est confirmée dans les urnes à l’issue des élections européennes, qui se sont déroulées du 6 au 9 juin dans les 27 Etats membres de l’Union européenne. Différents partis eurosceptiques, nationalistes, anti-immigration ou néofascistes ont envoyé d’imposants contingents d’eurodéputés dans plusieurs grands pays d’Europe, comme la France, l’Italie et la Pologne. Selon les estimations, plus de 180 élus d’extrême droite devraient faire leur entrée au Parlement européen.

L’extrême droite arrive en tête dans deux pays, la France et l’Autriche, et progresse dans la majorité des Etats membres de l’Union européenne par rapport au scrutin de 2019. La seule exception notable réside dans les pays de la Baltique, ce qui peut s’expliquer en partie par une plus forte sensibilité à la menace expansionniste russe. Dans de rares cas, comme en Finlande, le vote eurosceptique a même reculé. Lundi après-midi, les résultats définitifs et complets de l’Irlande n’étaient toujours pas connus.

Les pays où l’extrême droite triomphe

  • France : le RN pousse Macron à la dissolution

35 eurodéputés sur 81 (23 en 2019)

La liste emmenée par Jordan Bardella remporte une victoire écrasante, avec 31,5 % des voix, et envoie un nombre record de 30 députés à Strasbourg. Ce score, qui représente près du double de celui du camp présidentiel, a poussé Emmanuel Macron à dissoudre l’Assemblée nationale. Le RN est en progrès substantiel par rapport à 2019 (23,4 %) ; était alors au coude-à-coude avec les macronistes.

Pour sa première participation à un scrutin européen, la liste Reconquête de Marion Maréchal soutenue par Eric Zemmour remporte 5,5 % des suffrages et cinq sièges d’eurodéputés. Avec 1 % des voix, la liste Les Patriotes de l’ex-RN Florian Philippot n’obtient aucun élu.

  • Autriche : score historique pour le FPÖ

6 eurodéputés sur 20 (3 en 2019)

Le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) réalise une percée historique en obtenant plus de 25 % des voix, en hausse de huit points par rapport à 2019. Il se hisse pour la première fois en première position dans d’un scrutin national et double son nombre d’eurodéputés (six contre trois), alors même que le parti a adopté une ligne radicale depuis 2020, proche de celle de l’AfD en Allemagne.

Les pays où l’extrême droite progresse

  • Allemagne : score inédit pour l’AfD, malgré les polémiques

15 sièges sur 96 (11 en 2019)

Le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) arrive deuxième du scrutin derrière les conservateurs. Avec près de 16 % des voix et quinze sièges, il progresse de cinq points et quatre sièges par rapport au dernier scrutin européen de 2019. S’il s’agit de son meilleur résultat à l’échelle nationale depuis sa création en 2013, ce score reste moins élevé que les plus de 20 % que lui prédisaient certains sondages il y a encore quelques mois. La campagne de l’AfD a été marquée par la mise en retrait de sa tête de liste, Maximilian Krah, après des propos ambigus sur le nazisme et des soupçons de collusion avec la Russie et la Chine.

  • Espagne : Vox continue sa progression

9 eurodéputés sur 61 (3 en 2019)

Arrivé en troisième position avec 9,6 % des voix, le principal parti d’extrême droite espagnol, Vox, continue sa progression (+ 3 points par rapport à 2019). Il double son contingent d’eurodéputés, avec six représentants. Surprise de ce scrutin, le youtubeur d’ultradroite Alvise Perez envoie trois élus de la liste antisystème La Fête est terminée (SALF) au Parlement de Strasbourg, grâce à ses 4,6 %.

  • Pays Bas : nombre record d’eurodéputés pour le PVV

8 eurodéputés sur 31 (6 en 2019)

Si l’alliance entre la gauche et les écologistes est arrivée en tête, le Parti pour la liberté (PVV), principal mouvement d’extrême droite néerlandais, réalise une percée spectaculaire (plus de 17 %) et remporte sept sièges au Parlement européen, contre un seul en 2019. Au niveau national, ce résultat marque néanmoins un léger repli par rapport aux législatives de novembre 2023, que le PVV avait largement remportées avec 23,5 % des voix.

Avec 3,7 % des voix, les eurosceptiques du Parti politique calviniste (SGP) conservent un siège, contrairement au Forum pour la démocratie du souverainiste Thierry Baudet, qui chute à 2,5 % et perd ses quatre élus.

  • Roumanie : quinze ans après, l’extrême droite roumaine fait son retour au Parlement

6 eurodéputés sur 33 (0 en 2019)

Pour sa première participation aux élections européennes, le parti prorusse Alliance pour l’unité des Roumains (AUR) obtient 15 % et envoie six députés à Strasbourg – une première depuis 2009 pour l’extrême droite roumaine. En 2019, son chef de file, George Simion, n’avait obtenu que 1,3 % des voix en se présentant comme indépendant. Malgré ce bon résultat, l’AUR reste tout de même loin derrière la coalition droite-gauche, qui obtient 54 % des voix et 22 sièges.

  • Bulgarie : le parti pro-Poutine multiplie son score par 15

5 eurodéputés sur 17 (2 en 2019)

Le parti d’extrême droite Vazrazhdane (Renaissance), eurosceptique, pro-Poutine et antivax, réalise une percée spectaculaire. Il passe en cinq ans d’une anonyme douzième place (1,04 %) à environ 15 % des voix. Troisième du scrutin, il talonne le parti de centre droit Bulgarie démocratique. Ses trois premiers sièges au Parlement européen s’ajoutent aux deux sièges obtenus par le jeune parti populiste et eurosceptique Il y a un tel peuple (ITN). Lors des élections législatives qui ont eu lieu simultanément, ces deux partis ont obtenu un score cumulé de plus de 20 % des suffrages.

  • Chypre : un premier eurodéputé d’extrême droite

1 siège sur 6 (0 en 2019)

Le principal parti d’extrême droite chypriote, le Front national populaire (ELAM), n’est arrivé qu’en quatrième position, avec 11 % des suffrages, loin des conservateurs et de la gauche. Il est largement devancé par Fidias, un influenceur TikTok de 23 ans sans étiquette qui a siphonné une partie des votes antisystème. L’extrême droite progresse toutefois de trois points par rapport à 2019 et obtient pour la première fois un siège au Parlement européen.

  • Croatie : un premier eurodéputé pour le jeune parti DP

1 eurodéputé sur 12 (0 en 2019)

Les deux principaux partis d’extrême droite croates, le Mouvement patriotique (DP) et Le Pont (Most) arrivent respectivement troisième et sixième du scrutin, avec 9 et 4 % des voix. Le DP, mouvement nationaliste et anti-immigration créé en 2020 et entré récemment au gouvernement, obtient son premier siège au Parlement européen – le premier également pour un parti d’extrême droite croate. En revanche, Le Pont stagne et n’obtient aucun élu.

  • Danemark : légère progression, mais victoire de la gauche

2 eurodéputés sur 15 (1 en 2019)

Avec 7,4 % pour les Démocrates danois et 6,4 % pour le Parti populaire danois (DF), les deux listes d’extrême droite remportent un siège chacune au Parlement européen. Une progression par rapport à 2019, où DF avait récolté 10,8 % des voix et un siège. Mais le scrutin est clairement remporté par la gauche et les écologistes, qui obtiennent sept sièges.

  • Portugal : le parti d’extrême droite Chega multiplie son score par six

2 eurodéputés sur 21 (0 en 2019)

Marginal lors des élections de 2019 (1,49 %), le score du parti nationaliste Chega, nostalgique du dictateur Salazar, frôle cette fois les 10 %. Ce résultat permet à l’extrême droite portugaise d’entrer pour la première fois au Parlement européen avec deux sièges, et de se positionner comme troisième force politique du pays.

  • Lettonie : un tiers d’eurodéputés d’extrême droite

3 eurodéputés sur 9 (2 en 2019)

Comme en 2019, le parti nationaliste Alliance nationale remporte deux sièges. Mais il se hisse cette fois à la deuxième place du scrutin, devant les centristes, en augmentant sensiblement son score par rapport à 2019 (22,1 % contre 16,4 %). Un autre parti d’extrême droite, Lettonie D’abord, envoie également un député à Strasbourg pour la première fois grâce à ses 6,2 %.

  • Luxembourg : un premier eurodéputé pour les populistes eurosceptiques

1 eurodéputé sur 6 (0 en 2019)

Avec ses 11,8 % des voix, le Parti réformiste d’alternative démocratique, une formation, populiste et eurosceptique, envoie pour la première fois un élu au Parlement européen. Il progresse de près de deux points par rapport à 2019, mais reste à la cinquième position, derrière la droite, les socialistes, les centristes et les écologistes.

Les pays où l’extrême droite plafonne

  • Italie : Fratelli d’Italia déloge la Ligue

30 eurodéputés sur 76 (35 en 2019)

Le parti néofasciste de la première ministre Giorgia Meloni, Fratelli d’Italia, remporte une victoire importante en Italie, avec près de 29 % des suffrages, plus du quadruple de 2019 (6,4 %). L’autre parti d’extrême droite, la Ligue, connaît le destin inverse, en chutant de 34 % à 9 %. Malgré la perte de cinq sièges, l’extrême droite italienne se maintient dans l’ensemble à un niveau très élevé, avec 30 eurodéputés, soit plus du tiers du contingent transalpin.

  • Pologne : près de la moitié des sièges pour l’extrême droite

26 eurodéputés sur 53 (27 en 2019)

Les deux listes d’extrême droite remportent 26 des 53 sièges de la délégation polonaise au Parlement européen, avec un score cumulé stable par rapport à 2019 (autour de 50 %). Le parti Droit et justice (PiS) du président Andrzej Duda recule de près de dix points par rapport à 2019, et obtient 20 élus. Une baisse qui profite aux ultranationalistes de Konfederacja (« la confédération »), qui obtiennent 12 % des voix et six sièges, contre 4,5 % et aucun siège il y a cinq ans. Cette élection signe toutefois la victoire de la coalition centriste du nouveau premier ministre Donald Tusk, qui termine en tête du scrutin avec plus de 37 % des voix et 21 sièges.

  • Belgique : les nationalistes stagnent

6 eurodéputés sur 22 (6 en 2019)

En Belgique, la formation d’extrême droite néerlandophone Vlaams Belang arrive en tête avec 14,5 %. Progressant légèrement par rapport à 2019, elle conserve ses trois sièges d’eurodéputés et devance de peu sa rivale, l’Alliance néoflamande NVA (14 %), qui conserve ses trois élus, avec un score stable par rapport à 2019. Les deux mouvements d’extrême droite ont également dominé le scrutin fédéral qui avait lieu en même temps dans le royaume, en totalisant plus de 30 % des voix (+ 2,5).

  • Grèce : progression mitigée pour l’extrême droite

2 eurodéputés sur 21 (3 en 2019)

Malgré une progression sensible de cinq points par rapport au scrutin de 2019 (15 % contre 9 %), l’extrême droite grecque envoie seulement deux eurodéputés à Strasbourg, contre trois il y a cinq ans. Solution grecque progresse de 4,2 à 9,3 % en cinq ans, tandis que le Mouvement démocrate patriote – Victoire recueille 4,4 % des suffrages pour son premier scrutin européen. Le grand gagnant de ces élections est le parti conservateur au pouvoir, Nouvelle Démocratie, qui récolte près de 30 % des suffrages.

  • Estonie : l’EKRE stagne à la quatrième place

1 eurodéputé sur 7 (1 en 2019)

Le parti populaire conservateur d’Estonie (EKRE), mouvement eurosceptique et anti-immigration, prend la quatrième place du scrutin avec 14,9 % des voix. Ce résultat, bien qu’en légère hausse par rapport à 2019 (12,7 %), lui permet d’envoyer un eurodéputé à Strasbourg, comme il y a cinq ans.

  • Suède : les Démocrates de Suède stagnent

3 eurodéputés sur 21 (3 en 2019)

Le principal parti d’extrême droite national, les Démocrates de Suède (SD), arrive quatrième avec environ 13 % des voix, en légère baisse par rapport à 2019 (15,3 %). Il conserve ses trois eurodéputés à Strasbourg.

6 eurodéputés sur 21 (6 en 2019)

Le Parti démocratique civique, formation conservatrice et eurosceptique du premier ministre tchèque Petr Fiala, recule de quatre à trois sièges par rapport à 2019. Autre liste d’extrême droite, Liberté et démocratie directe perd un de ses deux sièges à Strasbourg. La surprise est venue de la formation Serment et automobilistes, menée par un homme ayant fait l’objet d’un scandale après la publication de photos le montrant avec des symboles hitlériens : elle obtient le troisième meilleur score du pays (10,3 % des voix) et deux eurodéputés.

  • Lituanie : l’extrême droite conserve un siège unique

1 eurodéputé sur 11 (1 en 2019)

Comme en 2019, le parti d’extrême droite Action électorale des Polonais de Lituanie obtient un eurodéputé (5,7 % des suffrages). Il n’arrive qu’en sixième position, loin derrière les conservateurs (21 %) et les socialistes (18 %).

  • Slovaquie : le parti du premier ministre souverainiste devancé par les proeuropéens

2 eurodéputés sur 15 (2 en 2019)

Le parti d’extrême droite République obtient 12,5 % des suffrages et deux eurodéputés, tandis que le Parti national slovaque (SNS), parti d’extrême droite membre de la coalition gouvernementale depuis octobre, n’obtient aucun siège avec 1,9 % des voix. Le Smer-SD, parti populiste du premier ministre souverainiste et prorusse Robert Fico, qui était donné favori, n’obtient lui que cinq sièges, devancé par les proeuropéens de Slovaquie progressiste. Ce score décevant pour le dirigeant, qui avait été victime d’une tentative d’assassinat en mai, reste toutefois plus élevé qu’en 2019.

Les pays où l’extrême droite recule

  • Finlande : les Vrais Finlandais perdent un eurodéputé

1 eurodéputé sur 15 (2 en 2019)

A rebours de la majorité des pays européens, le principal parti d’extrême droite du pays, les Vrais Finlandais (PS), connaît un important revers. Il échoue à la sixième place du scrutin avec seulement 7,6 % des suffrages et perd l’un de ses deux eurodéputés. En 2019, il s’était placé quatrième, avec quasiment le double de voix (13,8 %).

  • Hongrie : un résultat relativement décevant pour Orban

11 eurodéputés sur 21 (14 en 2019)

Le Fidesz, formation nationaliste du premier ministre Viktor Orban, proche de la Russie, arrive largement en tête du scrutin. Mais avec 44,5 % des voix et 10 sièges, il réalise un score en baisse par rapport à 2019 (53 % et 13 sièges), concurrencé par le nouveau parti conservateur Tisza de Peter Magyar, cadre dissident du Fidesz, qui devrait siéger au Parti populaire européen. Les électeurs hongrois envoient aussi à Strasbourg un eurodéputé du parti néofasciste Ma patrie (6,8 %).

Les pays où l’extrême droite n’a aucun élu

  • Malte : Imperium reste en dehors du Parlement

0 eurodéputé sur 6 (0 en 2019)

Selon les dernières estimations, le parti travailliste (gauche) et le parti nationaliste (centre droit) écrasent le scrutin, avec respectivement 44,7 et 42,5 % des votes, et se partagent les six sièges alloués à l’île. Le score exact du parti néofasciste Imperium Europa, qui avait récolté 3,2 % des voix en 2019, n’est pas connu à ce stade, mais il n’aura pas d’élu.

  • Slovénie : pas d’élu pour le jeune parti Resni.ca

0 eurodéputé sur 9 (0 en 2019)

La jeune formation d’extrême droite Resni.ca (Vérité), créée en 2021 dans la foulée du mouvement covidosceptique, ne dépasse pas 4 % des voix et n’obtient aucun élu. Le Parti démocrate slovène de l’ancien premier ministre ultraconservateur Janez Jansa, un proche du Hongrois Viktor Orban, arrive en tête avec 30,8 % des suffrages et obtient 4 députés, devant le Mouvement Liberté du premier ministre de centre gauche (22,1 %, 2 députés).

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