En février 2022, le dirigeant chinois, Xi Jinping, et le président russe, Vladimir Poutine, déclaraient que leur amitié était « sans limites ». Quelques semaines plus tard, en l’absence de toute provocation, Poutine attaquait l’Ukraine, en s’appuyant stratégiquement et de manière coordonnée sur la manipulation de l’information et sur l’ingérence. Après un an de guerre, la résistance opposée par l’Ukraine est une lutte pour la survie. Le principal objectif stratégique de la Russie étant, comme l’a expliqué la vice-ministre de la défense ukrainienne, Hanna Maliar, la destruction complète de l’Etat et de la nation ukrainiens.
Le combat de l’Ukraine est, en même temps, une lutte existentielle pour la démocratie, contre l’autoritarisme. Xi Jinping a apporté un soutien tacite à Vladimir Poutine dans ses tentatives pour discréditer la démocratie. Les médias chinois, contrôlés par l’Etat, ont propagé les thèses conspirationnistes en faveur du Kremlin et servi de relais aux médias russes ayant été sanctionnés, comme en témoigne le premier rapport sur les manipulations d’information et les ingérences étrangères en Europe, publié par le Service européen pour l’action extérieure.
Parallèlement, Xi Jinping a intensifié la pression politique et militaire sur Taïwan, un gouvernement démocratiquement élu pouvant se prévaloir d’une société civile robuste et de médias libres. A ce jour, il n’a pas exclu de recourir à la force pour réaliser la « réunification » avec Taïwan, qu’il considère comme indispensable à la « régénérescence » de la Chine. Subissant des pressions continues depuis des décennies, Taïwan sait parfaitement ce que c’est que de vivre sous la menace d’un voisin agressif. L’Ukraine aussi a fait l’expérience d’une pression croissante de la part de son voisin, jusqu’à ce que, en 2014, avec l’annexion de la Crimée, il devienne son agresseur.
Message trompeur
Malgré des décennies de pressions autoritaires, ni Taïwan ni l’Ukraine n’ont fléchi. Taïwan a travaillé dur pour renforcer sa résistance démocratique, en investissant dans tout un système de défense de la société et du gouvernement contre les manipulations de l’information et des ingérences, tandis que l’Ukraine se bat pour préserver sa démocratie, soutenue par une coalition d’alliés occidentaux. L’Ukraine est aujourd’hui plus proche de l’Union européenne (UE) qu’elle ne l’a jamais été.
La convergence de la Russie et de la Chine dans l’environnement de l’information menace la démocratie à travers le monde. Poutine et Xi Jinping ont doublé la mise sur ce message trompeur selon lequel la démocratie serait en déclin, en recourant à la fois à la surveillance, à la désinformation et à la coercition. Rien n’effraie plus Xi Jinping qu’un Taïwan démocratique intégré comme partenaire à part entière dans des réseaux de coopération démocratique internationale.
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