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RN, Reconquête et Les Républicains, l’impossible trouple ?


Le jeu des alliances électorales à l’extrême droite pour les législatives du 30 juin et 7 juillet semble avoir fait sa première victime : le parti Reconquête d’Éric Zemmour et Marion Maréchal. Cette dernière a confirmé que le Rassemblement national de Jordan Bardella lui avait refusé toute alliance, tout en laissant la porte ouverte au parti Les Républicains d’Éric Ciotti.

Difficile pour les partis de gauche de raviver un « front populaire » pour les législatives du 30 juin et du 7 juillet ? Ce n’est visiblement rien comparé aux négociations à l’extrême droite de l’échiquier politique pour imaginer un nouveau « front national ».

Tout semblait aller bon train, lundi 10 juin, au lendemain de l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron. Marion Maréchal, la tête de liste aux européennes du parti Reconquête d’Éric Zemmour, sortait d’une réunion au siège du Rassemblement national de sa tante Marine Le Pen en exprimant son « souhait ardent » de « trouver le moyen de nous rassembler » avec le RN, arrivé largement en tête des européennes du 9 juin.

Pas d’alliance RN-Reconquête

Du côté du parti Les Républicains aussi, des portes avaient été plus qu’entrouvertes. Éric Ciotti, président du parti de droite, a assuré qu’il « fallait une alliance avec le Rassemblement national ». Le député des Alpes-Maritimes a ainsi très clairement choisi son camp puisque, dimanche, il avait déjà exclu tout rapprochement avec la majorité présidentielle d’Emmanuel Macron.

Autrement dit, à l’extrême droite, contrairement à gauche, les fronts semblaient plus clairs et une large alliance électorale plus simple à établir. Mais 24 heures plus tard, la donne a changé. « Jordan Bardella m’a informé cet après-midi d’un changement de position et du refus du RN du principe même d’un accord », a déploré Marion Maréchal sur X, mardi 11 juin.

Pourtant, d’un point de vue idéologique, une alliance RN-Reconquête « est tout à fait faisable », d’après Périne Schir, doctorante à l’Université de Rouen et chargée de recherche spécialiste de l’extrême droite française à l’université George-Washington (États-Unis). Entre les deux partis, il y a moins de différence qu’entre la gauche de Raphaël Glucksmann et la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Le RN et Reconquête ont « tous les deux les mêmes soubassements idéologiques, même s’ils l’expriment différemment », assure Périne Schir.

Ils défendent tous les deux une conception « rêvée » de la communauté des « Français de souche » qu’il faudrait défendre contre des éléments extérieurs, que ce soit les immigrés ou les Français « woke ». Un socle idéologique commun qui débouche pour les deux partis sur une vision « nativiste » de la société. C’est-à-dire que Reconquête et RN estiment tous les deux que la nation doit être habitée uniquement par des membres du groupe d’origine.

Cependant, il existe « des différences de stratégie politique qui peuvent représenter des obstacles à une alliance des partis d’extrême droite », estime Mathias Bernard, spécialiste de l’histoire des partis politiques français et président de l’université Clermont Auvergne.

Le parti Reconquête d’Éric Zemmour « reste dans une radicalité beaucoup plus assumée, alors que Marine Le Pen poursuit une stratégie d’euphémisation [de l’idéologie de son parti, NDLR] », ajoute Périne Schir.

C’est particulièrement flagrant dans la promotion de cette vision « nativiste » de la société. Celle de Reconquête débouche sur des positions ouvertement hostile à la communauté LGBTQ+ et pour une société patriarcale, où les femmes servent avant tout à la reproduction du « groupe d’origine ».

Marine Le Pen, et « l’euphémisation » de l’idéologie

De son côté, Marine Le Pen affiche officiellement une position beaucoup plus progressiste, en se déclarant notamment favorable à l’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution. Mais « dans les faits, les eurodéputés RN ont voté systématiquement contre les textes favorables aux droits des femmes », rappelle Périne Schir.

Même divergence en apparence sur les questions économiques. Reconquête ne cache nullement son soutien au libéralisme économique, alors que le RN développe « un projet pouvant être perçu comme étant plus social et qui s’adresse à un électorat plus populaire », remarque Périne Schir. Mais, en réalité, « le programme du Rassemblement national est également libéral et ne remet pas du tout en cause le capitalisme », assure cette spécialiste.

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« L’approche de Marine Le Pen est d’essayer de ratisser large dans une optique d’exercice du pouvoir, alors que Reconquête est encore dans une posture d’opposition », précise Mathias Bernard. Dès lors, ces deux visions peuvent-elles cohabiter dans une alliance électorale ?

Ce mariage aurait nécessité « de balayer sous le tapis les sujets qui pourraient fâcher le temps de la campagne », estime Périne Schir. Rien d’insurmontable, d’autant plus que la décision surprise d’Emmanuel Macron de convoquer des élections législatives dans moins d’un mois « était une aubaine pour une alliance entre le RN et Reconquête, car plus la campagne est courte, moins il y a de risque qu’on aille titiller ces partis sur les points de frictions des programmes », analyse Mathias Bernard.

Avec le LR, mariage de raison

Sauf qu’un troisième larron – Éric Ciotti – a fait les yeux doux au Rassemblement national. Et visiblement, Jordan Bardella a préféré rester dans un ménage à deux plutôt que de former un trouple. Et c’est Reconquête qui a été mis de côté dans l’alliance électorale

Pas étonnant : « Pour le Rassemblement national, des accords avec les Républicains, d’un point de vue symbolique, représenteraient une légitimation importante du mouvement », assure Mathias Bernard.

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Le RN sait qu’une partie des Républicains – la frange la plus radicale qui suit Éric Ciotti – est prête à tout pour tourner la page « de trois scrutins – européennes de 2019, présidentielle de 2022 et européennes de 2024 – qui se sont soldés par un échec. Ces Républicains estiment avoir plus de chance d’obtenir des élus en suivant le RN qu’en restant dans le sillage du parti présidentiel », analyse Mathias Bernard.

Mais pour ces élus RN-compatibles, il ne fallait pas pousser le bouchon de l’extrême droite trop loin : « Il y a probablement pour eux une différence entre s’afficher avec le RN et s’afficher avec RN et Reconquête, qui n’essaye pas, contrairement au RN, d’adoucir son image », résume Périne Schir.

Jordan Bardella et Marine Le Pen ont ainsi sacrifié Reconquête sur l’autel de la course à une certaine normalité de façade. Reste à savoir à quel point les cadres du parti LR vont s’opposer à la stratégie de rapprochement prônée par Éric Ciotti.




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