dimanche, juin 23, 2024
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malgré le Front populaire, la gauche divisée autour de Jean-Luc Mélenchon


Deux jours après l’annonce de législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet, la gauche s’organise autour d’un « front populaire ». Les Écologistes, la France Insoumise, le Parti socialiste et le Parti communiste présenteront des candidatures uniques dans chaque circonscription. Mais de nombreuses questions restent en suspens, notamment la place de Jean-Luc Mélenchon, leader insoumis devenu un repoussoir pour nombre de ses anciens alliés.

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Pomme de discorde à gauche. En déclarant unanimement que l’union de la gauche autour d’un « front populaire » pour les législatives anticipées ne se ferait pas sous la direction de Jean-Luc Mélenchon, les alliés socialistes, communistes et écologistes de La France Insoumise (LFI) redistribuent les cartes. 

Les dirigeants des quatre principaux partis de gauche (LFI, PS, Écologistes, PCF) ont en effet trouvé un terrain d’entente lundi 10 juin et appelé à « des candidatures uniques dès le premier tour » des législatives le 30 juin pour offrir une alternative au Rassemblement national (RN) et à Emmanuel Macron. Les négociations ont repris mardi 11 juin pour peaufiner un programme commun et répartir les 577 circonscriptions, mais le choix d’une figure pour incarner cette union demeure en suspens. 

Pour les Insoumis, il n’est pas question de céder un leadership, acquis en 2022, lorsque le nom de Jean-Luc Mélenchon, fort de ses 22 % à la présidentielle, s’était imposé pour être candidat à Matignon. Mais le scrutin européen de dimanche change la donne : Manon Aubry a obtenu seulement 9,9 % des voix. Et surtout, LFI est distancé par la tête de liste Place publique-Parti socialiste Raphaël Glucksmann (13,8 %), qui n’a jamais caché vouloir changer l’équilibre des forces à gauche, mais qui ne s’est pas encore clairement engagé sur sa présence au sein de ce nouveau front populaire. 

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« Si Jean-Luc Mélenchon a pu profiter de la dynamique électorale nationale de la présidentielle en 2022, ce contexte n’est plus du tout d’actualité aujourd’hui », analyse Arnaud Mercier, professeur en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris 2-Assas. « Il est impossible de reproduire le schéma de 2022, et il semble que Jean-Luc Mélenchon lui-même ne souhaite pas se déclarer candidat pour Matignon lors de ces législatives. » 

« Repoussoir » 

Au sein de l’union, les trois autres forces aimeraient se passer de lui : le dirigeant socialiste Olivier Faure a déclaré mardi matin sur TF1 qu' »il n’y a pas de logique  » à ce que le chef de file insoumis « soit le candidat » de la gauche pour le poste de Premier ministre. « Il n’était pas dans les discussions [de lundi soir] », a souligné de son côté le communiste Fabien Roussel sur France 2. 

Jean-Luc Mélenchon est de plus en plus critiqué pour sa propension à agir seul sans concertation et à tout conflictualiser : avec ses prises de positions sur les émeutes dans les banlieues, refusant d’appeler au calme après la mort du jeune Nahel, ou en imposant sa stratégie d’obstruction sur la réforme des retraites, sa popularité a dégringolé. Mais le point de rupture majeur est arrivé le 7 octobre. Depuis les attaques meurtrières du Hamas en Israël, Jean-Luc Mélenchon est accusé de tenir un discours ambiguë sur l’antisémitisme. L’absence d’empathie pour les victimes israéliennes dans le communiqué de LFI a provoqué une rupture au sein de la Nupes. Sur X, l’ancien candidat à la présidentielle avait estimé que « la violence déchaînée contre Israël et à Gaza ne prouve qu’une chose : la violence ne produit et ne reproduit qu’elle-même. La solution existe, celle des deux États, conformément aux résolutions de l’ONU. »


« Un grand nombre de personnes à gauche, y compris une fraction d’EELV, se sont détournées de Mélenchon, notamment en raison de questions féministes depuis l’affaire Quatennens [député condamné en 2022 pour violences conjugales qui a depuis réintégré le groupe parlementaire LFI], mais aussi les questions d’antisémitisme et d’essentialisation de la communauté musulmane », analyse Virginie Martin, professeure de sciences politiques et sociologie à Kedge Business School. « Il est perçu comme un repoussoir similaire à la figure de Marine Le Pen. »

Plus largement, la personnalité et les propos de Jean-Luc Mélenchon ont fait de lui une bête noire pour de nombreux Français et une partie de l’électorat de gauche. Selon un sondage Ifop publié le 14 mai, l’ancien candidat à la présidentielle est perçu comme un handicap pour La France Insoumise (76 %), la Nupes (79 %), et pour le retour de la gauche au pouvoir (80 %). Depuis l’annonce de cette alliance, de nombreux électeurs socialistes refusent de voter pour un candidat étiqueté LFI le 30 juin prochain. 

Laurent Berger ou François Ruffin ? 

Mais alors, comment désigner la personnalité susceptible de devenir Premier ministre en cas de victoire de la gauche aux législatives ? Raphaël Glucksmann a suggéré que l’ancien secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, soit nommé Premier ministre. « Ça permet de dire que le Front populaire, ce n’est pas exclusivement un accord entre des partis politiques. Ça doit être quelque chose de beaucoup plus large », a estimé Olivier Faure, prônant un gouvernement ouvert à la société civile. Sur LCI, la députée écologiste Sandrine Rousseau a évoqué elle aussi l’option Laurent Berger, mais aussi celle du franc-tireur insoumis François Ruffin.

« Ruffin Premier ministre ! », ont scandé lundi soir les militants de gauche rassemblés sous les fenêtres du QG parisien des Écologistes, pour faire pression sur les différents partis en pleine négociation de l’union. Le député LFI de la Somme, connu pour ses ambitions présidentielles et ses divergences avec la direction du mouvement de gauche radicale, peut se vanter d’avoir proposé dès dimanche soir le terme de nouveau « Front populaire », rapidement adopté. Une référence à la coalition qui avait permis à la gauche de remporter les élections en 1936. Dans la foulée, François Ruffin a lancé une plateforme de campagne du même nom. Mais ses ambitions pourraient rapidement voler en éclats.

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« Jean-Luc Mélenchon et La France Insoumise ne permettront pas à François Ruffin de prendre les rênes », prévient Rémi Lefebvre, politologue et spécialiste de la gauche. « Mélenchon refusera toujours que Ruffin dirige la coalition, car il le voit désormais comme un rival potentiel pour la présidentielle de 2027 ». 

Face à l’absence de figure rassembleuse, le Front populaire pourrait choisir de ne pas désigner de candidat pour diriger le gouvernement de cohabitation qui sortirait des urnes le 7 juillet. « La campagne pourrait se dérouler avec des porte-paroles, un pour chaque parti, privilégiant ainsi la collégialité », poursuit l’expert. « Ils doivent d’abord s’accorder sur un programme et les circonscriptions, ce qui est déjà très complexe en une semaine. » 






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